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La dépression : une maladie neurotoxique

Selon une étude publiée dans l'European neuropsychopharmacology, cumuler plusieurs épisodes dépressifs engendre des séquelles sans précédent dans le cerveau. Même après guérison, les facultés motrices et mentales sont ralenties.

La rédaction d'Allo Docteurs
Rédigé le
Entretien avec le Pr Philip Gorwood, psychiatre

Les cicatrices laissées par la dépression sont profondes. Et, la maladie sévit même après guérison, ralentissant considérablement les fonctions psychomotrices du malade. Selon une étude dirigée par Philip Gorwood du Centre Hospitalier Saint-Anne à Paris, les personnes qui ont subi plus de deux épisodes dépressifs au cours de leur vie sont moins efficaces lorsqu'elles effectuent des tâches quotidiennes. Ce manque de concentration et de rapidité augmente avec le nombre de rechutes. Sur les 10% de Français qui seront un jour touchés par la dépression, 50 à 80% récidiveront, selon l'Inserm.

Deux fois plus lents pour effectuer des tests

Pour étudier l'évolution des capacités mentales des malades, deux batteries de tests psychomoteurs ont été réalisées sur plus de 2000 dépressifs. La première était effectuée en début de dépression, et la seconde six à huit semaines après la fin du traitement par antidépresseurs. A ce moment-là, la moitié des malades étaient d'ores et déjà guéris.  

Les résultats sont clairs : plus le nombre de récidives est élevé et plus le malade met du temps à compléter son test après guérison. Après une ou deux dépressions, 35 secondes suffisent. Mais trois ou quatre épisodes dépressifs plus tard, le malade met deux fois plus de temps. Certains mettent même jusqu'à 1 min. 20 pour terminer leur exercice.

Une première

"Plusieurs autres variables sont potentiellement explicatives (âge, niveau d'étude, activité professionnelle) mais si on ajuste les paramètres, nos résultats restent extrêmement robustes", précise Philip Gorwood. Pour la première fois, l'équipe de recherche met en évidence le caractère neurotoxique de la dépression. Depuis 2008, les recherches avaient déjà clairement identifié la dépression comme un vecteur de troubles de la mémoire et de maladies neurodégénératives.

Un engrenage sans fin qui expliquerait les risques de rechute

Cette découverte pointe aussi du doigt l'effet boule de neige provoqué par la maladie. Isolé socialement et affaibli, le malade met plus de temps à se réadapter à la vie quotidienne. Il travaille, par exemple, plus lentement, ce qui altère son estime de soi et augmente donc le risque de récidive… Une seule solution d'après Philip Gorwood : la thérapie cognitive. Une prise en charge qui permet de reconstruire, à l'aide d'exercices encadrés, les capacités abimées par des années de dépression...  

Source : Psycomotor retardation is a scar of past depressive episodes, revealed by simple cognitive tests, P.Gorwood, S.Richard-Devantoyc, F.Baylé, M.L.Cléry-Melun. European Neuropsychopharmacology. Octobre 2014; DOI : http://dx.doi.org/10.1016/j.euroneuro.2014.07.013

 

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