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« Ce confinement est un véritable calvaire » pour les étudiants

La santé mentale des Français est mise à rude épreuve depuis plusieurs mois. C’est encore davantage le cas des étudiants, précarisés et isolés socialement.

Lucile Boutillier
Rédigé le

« Ce reconfinement est un véritable calvaire », décrit Inès, étudiante en troisième année de licence. Comme elle, 22% des étudiants se trouvent dans une détresse profonde, selon la Fédération Hospitalière de France. 11% sont même sujets à des idées suicidaires. Depuis trois semaines, Santé Publique France fait état d’une hausse continue des états dépressifs chez les jeunes de 18 à 24 ans.

« A cause du stress et de tout ce contexte anxiogène, l’insomnie s’est installée », raconte Inès. « J’ai dû aller chercher des médicaments pour m’aider à retrouver le sommeil. Je suis également prise de constipation, même si mon alimentation est variée et équilibrée. Et c’est sans compter les douleurs musculaires à cause des heures assise sur la même chaise … »

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Plongée dans la solitude

Pour Fanny Sauvade, psychologue et co-fondatrice de l’association Apsytude, les étudiants ne peuvent plus évacuer la pression à travers leur vie sociale. «  Les étudiants n'ont actuellement plus toutes les ressources et soupapes dont ils ou elles disposent habituellement pour faire face aux difficultés », explique-t-elle. De fait, 50% des étudiants ont souffert de solitude pendant le premier confinement, selon une enquête de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE).

Oihana, 19 ans, a commencé un DUT de gestion en octobre, et n’a jamais pu former de relations fortes dans sa promotion. Ce qui lui manque le plus ? « Le relationnel, avec les gens de ma promotion comme avec les professeurs. » Guillaume, étudiant en communication et journalisme à Toulouse, partage ce sentiment. « Ce qui me manque le plus, c’est mes amis. Avoir des contacts en vrai, pas seulement en virtuel. »

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Augmentation des inégalités

Selon l’OVE, 69% des étudiants ont suivi des cours ou des réunions de travail par visioconférence pendant le premier confinement. Mais seuls 39% étaient satisfaits des aménagements pédagogiques mis en place durant cette période. Selon Feres Belghith, directeur de l'OVE, « les universités prennent mieux en compte le deuxième confinement que le premier », mais les difficultés des étudiants restent énormes.

« Quand on est en visio toute la journée et qu’on ne voit personne, les apprentissages ne peuvent pas se faire à la même vitesse », explique Vanessa Lalo, psychologue spécialiste des usages numériques. Pour elle, cela favorise les inégalités : « Tout le monde n’est pas au même niveau d’équipement. C’est la même difficulté que pour le télétravail. »

Très bonne élève au lycée, Oihana a éprouvé de grandes difficultés à suivre ses cours par internet. En cause : une mauvaise connexion. « Je n’ai pas pu télécharger les logiciels de comptabilité sur lesquels nous avons cours », raconte-t-elle. « J’essaie de suivre via Teams, mais c’est impossible de comprendre sans avoir le logiciel sous les yeux, car on doit y rentrer des données bien spécifiques. »

Difficultés liées à la précarisation

Un tiers des étudiants a rencontré des difficultés financières pendant le premier confinement selon l’OVE. Cette tendance n’est pas nouvelle, puisque 51% des bénéficiaires des Restos du Coeur avaient moins de 26 ans en 2018. Mais le confinement a précipité beaucoup d’étudiants dans la précarité.

« Parmi les étudiants qui font la queue à la banque alimentaire, beaucoup n’avaient jamais demandé d’aide », décrit Vanessa Lalo. « Les petits boulots sont rendus impossibles, soit parce que les établissements ferment, soit parce que leur activité est ralentie », rapporte-t-elle. « La précarité financière liée à la perte des jobs étudiants amène un stress important », ajoute Fanny Sauvade.

Guillaume a perdu son emploi étudiant à la cité spatiale de Toulouse.  « Je n’ai plus cette rentrée d’argent de 200 euros par mois. Je dois rembourser un crédit étudiant, c’est un peu la galère pour payer mes études. Ce travail me permettait aussi de m’évader ailleurs et de voir mes collègues. » A cause de ses angoisses durant ce confinement, l’étudiant a fait plusieurs crises d’eczéma qui ont fini chez le médecin.

Angoisse de l'avenir

Tous nos interlocuteurs décrivent une forte anxiété quant au futur. « Il y a tout d'abord une crainte concernant le marché du travail et l’employabilité », rapporte Fanny Sauvade. « Certains posent même la question de la validité de leur diplôme. Enfin, certains interrogent le sens de leurs études ou futur métier au regard de ce contexte sanitaire et environnemental. » Pour la psychologue, ces angoisses étaient déjà présentes, mais la crise les a renforcées.

« On se dit que pour les stages, la vie professionnelle, ce sera difficile », témoigne Guillaume. « Ça me fait peur, car je ne sais pas ce qui va se passer quand j’arriverai dans le monde du travail. Les entreprises ne prennent même plus de stagiaires … »

Quant à Oihana, elle ne se projette pas au-delà de janvier, seuls ses résultats de premier semestre comptent. « Je ne peux pas voir au-delà », confie-t-elle. « Pour l’instant, l’avenir c’est mes partiels et mes résultats. Je veux être sûre de moi avant d’organiser des voyages ou des sorties. Et même si je pars en voyage, je me sentirais coupable par rapport aux soignants et aux personnes qui travaillent contre la Covid. »

Un terreau pour les maladies psychiatriques

Ce contexte inquiète Vanessa Lalo puisque les étudiants ont l’âge où les troubles psychologiques et psychiatriques se déclenchent, comme la schizophrénie ou la bipolarité par exemple. « C’est un trouble qui était là, qui ne s’était pas encore produit, et on entre dans une dépression ou des délires, des hallucinations … On avait ce terrain fragile et les circonstances actuelles favorisent ce basculement. »

En cette période difficile, Vanessa Lalo conseille de maintenir à tous prix le lien social, surtout « quand on rumine, qu’on a des idées noires, qu’on est un peu trop dans le conflit ». Objectif : ne pas se laisser isoler sans que personne ne réponde à notre détresse. « N’hésitez pas à aller voir votre médecin pour vous orienter. »

Pour recréer ce lien social, vous pouvez vous tourner vers les appels en visio, les jeux à distance … Sans oublier que si un proche vous inquiète particulièrement, vous pouvez tout à fait lui rendre visite. Sur votre attestation, vous devrez cocher la quatrième case, qui correspond à l’assistance à personne vulnérable.

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