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Ados : comment leur parler des violences sexuelles ?

Les violences sexuelles sont un fléau qui touche une femme sur quatre et un homme sur six, au cours de leur vie. Dans l'enfance et l'adolescence, elles concernent autant les filles que les garçons. Les parents n'osent pas toujours en parler, alors que la prévention des violences sexuelles est impérative. Comment aborder ce thème difficile ? Quels mots choisir ? 

Dr Charlotte Tourmente
Rédigé le , mis à jour le
la prévention des violences sexuelles est impérative devant leur fréquence  —  Shutterlock

Quand parler des violences sexuelles?

La prévention des violences sexuelles chez l'adolescent commence bien plus tôt qu'à l'adolescence. Parler sexualité se fait le plus tôt possible : "dès la naissance ! s'exclame Stéphanie Mouclier, éducatrice et intervenante pour l'association Stop aux violences sexuelles. Dès que l'on touche le bébé pour sa toilette quand on lui parle de son corps pour lui en donner les limites… " 

Il est primordial de parler d'éducation sexuelle avant d'aborder la prévention. Tout simplement pour ne pas associer la sexualité à quelque chose qui fait peur et qui est dangereux… "La sexualité est avant tout belle et bonne, c'est ça le message clé", estime-t-elle. Puis on enchaîne sur le fait que leur corps leur appartient et qu'il faut le respecter, c'est primordial.

Chez les plus jeunes, l'éducation passera par nommer les organes génitaux, quand ils apprennent les noms des différents organes : le pénis, les testicules, la vulve et le vagin ne sont pas plus "honteux" que les yeux ou le nez.

L'association Stop aux violences sexuelles a déterminé un programme de prévention intitulé "A chaque âge son message". A la maternelle, il s'agit de faire prendre conscience de leur corps aux plus petits : sentir leur corps, explorer ses limites, protéger son territoire.  En classes élémentaires, le thème général sera de respecter son corps et le corps de l'autre. Au CP, ils apprendront que leur corps leur appartient, au CE2 de savoir dire stop (à la pression de groupe particulièrement), en CM1 à dire ce qui dérange, puis en CM2 à respecter le corps de l'autre.

Au collège, l'objectif est de leur apprendre à s'affirmer et à savoir dire non. La sexualité, le sentiment amoureux, la violence sexuelle et l'emprise sont abordés. Et au lycée, l'objectif est de respecter et faire respecter les droits et les devoirs de chacun, avec des sous-thèmes portant sur : "Et si l'un veut, l'autre pas", la séduction et le désir. A ce propos, l'éducatrice a cette formule : "les ados se demandent souvent quand ils seront prêts à faire l'amour : c'est simple, c'est lorsque la tête, le cœur et le corps sont en phase."

Violences sexuelles : comment en parler ?

La prévention consiste à leur expliquer de se faire confiance : "Les enfants sentent quand quelque chose n'est pas normal (un proche qui ne se comporte pas normalement, par exemple), explique l'éducatrice. Il faut leur apprendre à se faire confiance".

Car s'il sent que ça ne va, même s'il ne comprend pas pourquoi, il se fera confiance, s'écoutera et ne se forcera pas : "Si le cadre parental est sain, il sera capable de dire : non, ça ne me plaît, ne me touchez pas. Et il en parlera à ses parents". S'il ne l'est pas, il n'osera pas le dire…

Elle rappelle que les prédateurs sexuels s'attaquent aux enfants qui ont une faille, une estime de soi basse et peu confiance en eux. L'éducation est donc très globale : la prévention des ados commence dès l'enfance, en leur apprenant à se faire confiance, en nourrissant leur estime d'eux et en les assurant de notre soutien indéfectible.

Faut-il utiliser leur langage ? Oui et non… "Moi je reprends toujours les mots argotiques qu'ils utilisent, en précisant  que l'on parlera durant la séance de pénis et de testicules,  le vrai nom anatomique", s'amuse Stéphanie Mouclier.

Qui parle de sexualité ?

Paradoxalement, les parents ne sont pas forcément les mieux placés pour assurer l'éducation et la prévention. Tous ne s'en sentent pas les épaules : trop gênés d'en parler avec leur enfant, trop pudiques, ou trop imprégnés par l'éducation, les freins culturels ou religieux qu'ils ont reçue, véhiculant une image sale, "qui ne se fait pas", de la sexualité et de tout ce qui s'y rapporte. 

Les enseignants et les professionnels de santé sont bien évidemment des interlocuteurs de choix. "Un oncle ou une tante, le parrain ou la marraine, un ami adulte en qui l'enfant et l'adolescent a toute confiance, peuvent l'être également", confirme Stéphanie Mouclier.

Certaines associations interviennent de façon adéquate : Stop aux violences sexuelles, le Cler (catholique), le Planning familial plus "technique" et parfois anxiogène,…

Comment en parler, en l'absence d'éducation sexuelle avant l'adolescence ?

"On parle d'abord du corps, en nommant les parties génitales, en abordant la taille des pénis, des lèvres, de leur couleur, du clitoris,… conseille Stéphanie Mouclier. On fait un cours d'anatomie précis sans faire de porno !"

Ensuite, les transformations à la puberté nécessitent d'être détaillées en les félicitant sur ces changements, qui marquent leur entrée dans le monde des adultes : les poils, la sueur, l'acné, les hanches qui s'élargissent, les seins et testicules qui prennent du volume, les cheveux qui deviennent gras, la mue dans les deux sexes,… "Une fois qu'ils comprennent leur corps, ils ne se laissent pas toucher parce qu'ils s'approprient leur corps", estime-t-elle.

Il faut également leur parler de la crise d'adolescence et des changements psychologiques qu'elle implique : à cette période où l'on s'éloigne de ses parents pour se rapprocher de ses amis, il est difficile de raconter les situations critiques à ceux que l'on vient d'insulter. D'où l'importance de les rassurer sur le soutien inconditionnel : "en ce moment, c'est compliqué entre nous, mais nous sommes là pour toi, c'est un amour inconditionnel qui n'est pas lié à ton comportement. Et nous te croirons."

La confiance en soi est vitale et il faut en parler avec l'adolescent, lui dire de se faire confiance avant tout s'il n'est pas à l'aise dans une situation, avec quelqu'un. Il est primordial de lui rappeler qu'il peut tout leur dire, même après une dispute ou dans un contexte conflictuel, que ses parents le croiront toujours …

Que faire si l'ado ne veut pas en parler ?

"S'il est bloqué, il ne faut pas forcer, évalue Stéphanie Mouclier. Mais il faut se poser la question de l'origine de ce blocage, sans le brusquer : a-t-il subi des violences sexuelles ? Ou est-il simplement très pudique ?"

Les parents peuvent l'envoyer chez un pédiatre, un médecin, un éducateur, un conseiller conjugal (formé dans ce domaine) qui accepte d'en parler avec l'adolescent. "Je sors mes planches anatomiques, je lui explique concrètement les règles et l'érection,… détaille-t-elle. On parle d'eux, de leur corps et à partir de là, le dialogue est lancé. En une séance, c'est réglé !"

La violence, psychologique avant tout

Stéphanie Mouclier rappelle que les agressions se font dans 80% des cas par des personnes que l'on connaît et sans violences physiques.

Une personne de confiance va prendre une emprise psychologique sur l'enfant : il l'emmène au cinéma ou au zoo, lui offre des bonbons, des cadeaux… et il le viole en douceur et en toute impunité.

"Comme les parents lui font confiance, l'enfant ne dit rien puisque le cadre familial le donne en référent, détaille-t-elle. Les enfants pensent que les agressions sexuelles se font avec des violences physiques mais la plupart du temps, ce n'est pas ça !"

L'éducatrice rappelle que les termes "agressions" et "violences sexuelles" ne parleront pas à l'enfant. En revanche, il comprendra si on lui demande s'il y a des choses qu'il n'aime pas, qu'il aimerait ne plus ne plus vivre… Tout le travail de prévention porte là-dessus, auprès des enfants et des adultes bien sûr.

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