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Le paracétamol est-il sans risque pendant la grossesse ?

Pris pendant la grossesse, le paracétamol pourrait avoir des effets délétères sur le développement du foetus. Les médecins recommandent aux femmes enceintes d’en consommer le moins possible et sur des périodes courtes. On fait le point.

Dr Anne Sikorav
Rédigé le , mis à jour le

Attention à ce que vous mangez, ne fumez pas, ne buvez pas d’alcool... Les femmes enceintes le savent bien, les restrictions pendant la grossesse sont nombreuses. 

Côté médicaments, pendant la grossesse l'ordonnance est limitée. Les antalgiques sont prescrits mais restreints et les anti-inflammatoires sont tout simplement contre-indiqués à partir du 6 ème mois. Il ne reste donc plus que le paracétamol en première ligne et il est largement prescrit puisque la moitié des femmes enceintes en a déjà pris pendant leur grossesse. 

Mais voilà, selon plusieurs études le paracétamol, un médicament pourtant considéré comme "non dangereux", pourrait avoir des effets délétères sur le foetus. 

Paracétamol : un perturbateur endocrinien ?

Un groupe d’experts internationaux aux spécialités diverses ( gynécologie, neurologie, pédiatrie, endocrinologie, santé publique…) a évalué les effets potentiels du paracétamol sur le foetus. Cette synthèse, publiée dans le journal Nature review endocrinology, reprend toutes les études parues sur le sujet entre le 1er janvier 1995 et le 20 octobre 2020. 

Le paracétamol agirait comme un perturbateur endocrinien pendant la grossesse. “Pendant la grossesse, des changements se produisent dans la manière dont le paracétamol est métabolisé, ce qui rend les femmes enceintes et leur fœtus plus vulnérables aux effets toxiques”,  évaluent les chercheurs. 

“En tant que scientifiques, experts de la médecine et professionnels de santé publique, nous sommes préoccupés par les taux croissants de troubles neurologiques, urogénitaux et reproductifs. Nous constatons une augmentation troublante du nombre d’enfants avec des problèmes cognitifs, d’apprentissage et/ou de comportement", selon le groupe d'experts.

Les auteurs de cette synthèse mettent en évidence des liens entre l'exposition du foetus au paracétamol et la survenue ultérieure de plusieurs troubles : retard de langage, troubles du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH), troubles du spectre autistique (TSA), ou encore des troubles du comportement. Ces conclusions inquiétantes avaient aussi été rapportées en juin 2021 dans la revue European Journal of Epidemiology. L'étude révélait que  le risque de TDAH ou de TSA  augmentait de 20% en cas d’exposition du foetus au paracétamol.

Des troubles de la puberté précoce chez les filles et les garçons, ou encore des malformations génitales chez les petits garçons (comme des dysfonctionnements testiculaires) sont aussi rapportées par les auteurs.  

"Une association ne veut pas dire qu'il y a un lien de causalité, mais ces constats sont corroborés par des études expérimentales chez l'animal et des études in vitro. L'ensemble est le signe que le risque a probablement été sous-estimé", indique Ann Bauer, chercheuse de l'Université du Massachusetts, aux États-Unis, une des coauteurs.  

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A lire aussi : Grossesse : l'ANSM alerte sur l'usage de certains médicaments

Un risque à nuancer

Ces différents constats alarmants sont tout de même à nuancer. D'abord parce qu'on ne connaît pas “précisément l’exposition” au paracétamol des femmes ayant participé à ces nombreuses études. Quelle est la dose de paracétamol que les femmes ont pris exactement ? Combien de temps ? Il y a effectivement une relation "dose-effet" ainsi qu’un risque lié à la durée d’exposition. 

Et surtout, il peut y avoir des facteurs confondants. Pourquoi la patiente a-t-elle pris du paracétamol ? Quels sont les autres facteurs à risques de malformations ou perturbateurs endocriniens qui ont pu être impliqués et qui n’ont pas été évalués dans ces études ? 

Les chercheurs appellent à plus de précaution

"Nous demandons que les femmes et les professionnels de santé soient mieux informés, qu'il y ait davantage de communication autour des risques liés à ce produit, et de la nécessité que son recours soit réellement le plus limité possible", explique David Kristensen, un des auteurs de l’étude et chercheur à l’université de Copenhague, au Danemark

Des études complémentaires doivent aussi être conduites pour mieux caractériser les risques, en tenant compte des doses de paracétamol et du stade de la grossesse, suggèrent les auteurs.  

Pas d’alarmisme

Les autorités sanitaires sont aussi rassurantes. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) indique que le paracétamol doit être indiqué pendant la grossesse "à la dose efficace la plus faible et le moins longtemps possible". Même son de cloche pour le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes).

"Les données publiées sont très nombreuses et rassurantes, quel que soit le terme de la grossesse. Il est possible d’utiliser le paracétamol quel que soit le terme de la grossesse… à la posologie minimum efficace et pour la durée la plus brève possible", selon le Centre de Référence sur les Agents Tératogènes

A ce stade, les médecins n’interdisent donc pas le paracétamol aux femmes enceintes pour soulager une douleur ou réduire une fièvre... Mais la précaution est de mise. La consommation sur une durée prolongée ou à forte dose pourrait poser problème.

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