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Protections hygiéniques : du glyphosate dans ma culotte ?

Une femme utilise entre 10.000 à 15.000 produits menstruels (serviettes hygiéniques, tampons et protège-slips) au cours de sa vie. Mais de quoi sont vraiment composées les protections intimes vendues dans le commerce ?

La rédaction d'Allo Docteurs
Rédigé le
"Protections hygiéniques : des risques pour notre santé ?", chronique de Lucile Degoud, journaliste, du 19 mars 2019 - Crédit photo : ©Fotolia

Quand on sait qu'une femme a ses règles en moyenne cinq jours par mois, pendant une quarantaine d'années, soit pas loin de 500 fois au cours de sa vie, il est intéressant de se pencher sur la question de la composition des protections intimes. L'intérêt pour ce sujet est assez récent, cela fait à peine quelques années que l'on s'interroge sur la composition des protections hygiéniques. Ce qui est étonnant, c'est que leur composition est secrète !

Le tampon pointé du doigt

Le tampon est un petit cylindre en coton qui a été commercialisé aux Etats-Unis dans les années 30 et en France en 1951. Il a tout de suite connu un vif succès. car il s'agissait d'une révolution. Le tampon était synonyme d'émancipation pour les femmes, cela a permis à des générations de femmes de se libérer de certaines contraintes liées aux règles et de pouvoir par exemple continuer à faire du sport, à aller à la piscine...

Des décennies plus tard, en 2015, le tampon commence à être pointé du doigt. C'est Lauren Wasser, une jeune mannequin américaine, qui a commencé à critiquer les tampons et son discours a été très médiatisé. Elle a été victime d'un syndrome du choc toxique. Cette infection est due à la présence d'une bactérie : le staphylocoque doré.

Le risque du choc toxique

Cette bactérie peut être présente dans notre corps sans être dangereuse. Mais elle peut le devenir si elle est présente dans le vagin et qu'on porte trop longtemps un tampon. La bactérie n'est pas évacuée et prolifère, elle dégage alors une toxine qui passe dans le sang et provoque le choc toxique. Cela peut atteindre les organes et les conséquences peuvent être très graves. Il existe des risques d'amputations à cause de nécroses, voire même la mort.  

Lauren Wasser a été amputée des deux jambes. Le choc toxique n'est pas lié à la composition des tampons mais plutôt à sa mauvaise utilisation, si on le garde trop longtemps. Il y a d'ailleurs le même risque avec les coupes menstruelles, les cups. Après ce qu'elle a vécu, Lauren Wasser s'est intéressée aux tampons et elle a décidé d'interpeller les fabricants pour les pousser à rendre leur composition publique.

En France, en 2015, une jeune femme, Mélanie Doerflinger, a décidé de mener le même combat. Elle a lancé une pétition en ligne pour exiger que la marque Tampax® inscrive la composition de ses tampons sur les emballages. Cette marque américaine est leader mondial sur le marché des tampons. Cette pétition a recueilli plus de 300.000 signataires.

Pourquoi est-il si difficile de connaître la composition des tampons ?

En France, les fabricants ne sont pas tenus d'indiquer la composition des tampons sur les étiquettes, sur les emballages. Cela est valable pour toutes les protections hygiéniques. Les protections hygiéniques sont pourtant en contact direct avec l'appareil génital féminin : la vulve, le vagin. On peut avoir des irritations, des allergies. Pourtant, il n'est pas obligatoire d'informer les consommatrices de la composition alors que les industriels ont l'obligation d'inscrire la composition des produits alimentaires ou des produits cosmétiques.

Les dispositifs médicaux comme les préservatifs par exemple sont soumis à une réglementation européenne. Pour les protections hygiéniques, il n'y a rien ! Comme il n'y a pas d'obligation, très peu de fabricants indiquent la composition sur les emballages. On peut parfois trouver des informations sur le site Internet de la marque mais souvent, il n'y a rien non plus sur le site.

Quid de la composition des protections hygiéniques ?

Face à cette absence de réglementation et au manque de transparence des fabricants, en 2016, le magazine "60 millions de consommateurs" s'est intéressé à la composition des protections hygiéniques. Ils ont réalisé des analyses et ont retrouvé : des résidus de pesticides dont le fameux glyphosate et différents polluants industriels.

Face à ces résultats assez inquiétants, l'ANSES, l'Agence nationale de sécurité sanitaire, a été saisie du dossier en juillet 2018 et a publié un rapport sur la sécurité des produits de protection intime. Il aura tout de même fallu attendre 2018 pour qu'un établissement public s'intéresse à ce sujet.

L'Anses se veut rassurante... et pourtant

Pour résumer ce rapport de 216 pages, il y a bien des substances chimiques préoccupantes dans ces produits comme des pesticides, dont certains sont interdits en Europe. Mais pour l'ANSES, il n'y a pas de risques majeurs pour la santé car ces substances sont en très faible concentration et sans dépassement des seuils sanitaires. L'ANSES recommande tout de même aux fabricants de réduire autant que possible la présence de ces substances dans les protections intimes.

Le magazine "60 millions de consommateurs" a depuis mené une nouvelle enquête. Et les résultats, publiés dans leur numéro de mars 2019, ne sont pas rassurants. Sept références de serviettes et huit références de tampons ont été analysées et dans huit références sur quinze, des substances chimiques préoccupantes ont été détectées : des pesticides notamment du glyphosate, des phtalates qui sont des perturbateurs endocriniens, des dioxines...

Le coton biologique, une vraie alternative ?

Depuis quelques années, des marques de protections hygiéniques bio, qui utilisent du coton biologique, sont apparues sur le marché. Il existe une vraie défiance à l'égard des tampons, et cela se traduit par une baisse significative des ventes en France : moins 3% en deux ans. Des marques de protections hygiéniques bio sont nées en espérant reconquérir ces consommatrices et ça marche car ces marques séduisent de plus en plus de femmes.

Les consommatrices achètent des tampons bio en pensant que ceux-ci sont plus sains. Mais dans les analyses de "60 millions de consommateurs", les marques de tampons bio sont aussi mises en cause car elles contiennent des résidus de glyphosate.

Si les analyses de "60 millions de consommateurs" sont assez inquiétantes, le rapport de l'ANSES se veut, lui, plutôt rassurant. Existe-t-il des risques sanitaires et des conséquences sur la santé ? C'est toute la question et  il est très difficile d'y répondre. Aujourd'hui, on ne sait pas quelles peuvent être les conséquences sur la santé. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de risques.

Présence de perturbateurs endocriniens

Dans son rapport, l'ANSES ne prend pas en compte les perturbateurs endocriniens, des composés capables d'interagir avec le système hormonal. Mais "60 millions de consommateurs" a identifié des perturbateurs endocriniens dans ses analyses. Il y a des perturbateurs endocriniens dans ce qu'on mange, ce qu'on boit, ce qu'on respire, dans nos produits cosmétiques et ménagers... Bref, on retrouve partout ou presque et on peut redouter un effet cocktail, sans en connaître les conséquences à long terme sur la santé.

Parmi les perturbateurs endocriniens, il y a des phtalates retrouvés dans les analyses de "60 millions de consommateurs". Ces substances auraient un impact sur la fertilité. Pour les cups, pour l'instant, on ne sait rien. Aucune étude n'a été réalisée sur leur composition. Cela ne signifie pas qu'elles ne contiennent pas de substances toxiques. 

Quelles sont les solutions ?

Savoir qu'on a du glyphosate et d'autres substances chimiques et potentiellement toxiques dans sa culotte ou dans son vagin n'est pas rassurant. Heureusement, les choses commencent un peu à bouger grâce à la société civile et aux consommatrices.

On peut harceler les services consommateurs des marques pour réclamer plus de transparence sur la composition. On peut aussi espérer que les pouvoirs publics se mobiliseront et qu'il y ait des études, des recherches d'envergure, sur la composition des protections hygiéniques.

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