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Covid-19 en Guyane : " On est au bord de la crise humanitaire "

En Guyane, l'épidémie met toujours les soignants sous pression. Selon Médecins du Monde, la stratégie pour y faire face ne peut pas être la même qu'en métropole.

Lucile Boutillier
Rédigé le , mis à jour le

Depuis le déconfinement, l’épidémie de Covid-19 s’est répandue très rapidement en Guyane. La collectivité territoriale d’Outre-Mer compte 141 personnes hospitalisées et 4004 contaminations cumulées. " Depuis trois semaines, on observe une augmentation exponentielle des cas ", rapporte Aude Trepont, coordinatrice générale de Médecins du Monde à Cayenne.

Les soignants ont subi comme en métropole des pénuries de matériel au début de la crise. Mais le problème actuel concerne le manque de personnel soignant, dans un contexte social et sanitaire très difficile. "Nous sommes au bord de la crise humanitaire", lâche Aude Trepont.

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Des soignants supplémentaires appelés à la rescousse

Avant l’épidémie, la situation en Guyane était déjà bien plus difficile qu’en France. " Le système sanitaire guyanais était déjà fragilisé ", déclare Aude Trepont. En outre, la ministre des Outre-Mer Annick Girardin a indiqué qu’un renfort de " 300 soignants " supplémentaires était nécessaire en Guyane pour endiguer l’épidémie, comme le tweete le député Gabriel Serville :

" Le système de santé guyanais est largement sous-doté. C’est un désert médical centré sur l’hôpital, il faut souvent évacuer les patients par hélicoptère ", déplore Aude Trepont.

" Il faut faire venir des moyens et du personnel. L’ensemble des professionnels est fatigué, car après trois mois et demi de crise, le pic reste à venir ! On a besoin de paramédicaux, d’aide-soignants et de médiateurs en santé car sans eux les médecins sont assez démunis", poursuit-elle.

La précarité, un obstacle supplémentaire

En Guyane, une personne sur 3 est étrangère et le taux de pauvreté s’élève à 60%. " La Guyane a un problème de crise alimentaire, ajoute la coordinatrice générale de Médecins du Monde. Pendant le confinement il y a eu une aide, mais maintenant c’est devenu encore plus alarmant : les médecins se retrouvent face à des personnes dénutries."

Tout est pourtant fait pour prendre au mieux en charge cette population fragile.  " On a des cas jeunes, car ils ont des comorbidités ou des maladies chroniques. On a quadruplé les consultations gratuites pour ces personnes qui n’ont pas accès à l’assurance maladie "

Appréhender l’épidémie différemment

Pour le sénateur guyanais Antoine Karam, on ne peut pas traiter la Guyane comme n'importe quel autre territoire français :

Aude Trepont partage cet avis : la circulation du virus est bien plus difficile à contrôler en Guyane qu’en métropole :  "Ici on ne peut pas dépister pour ensuite isoler. Les zones où nous intervenons ne peuvent pas se confiner du tout. Souvent, ce sont cinq-six personnes qui vivent dans des logements de tôles. Les efforts doivent se concentrer sur le suivi rapproché des personnes et pas sur le dépistage. "

La situation du territoire joue aussi un rôle.  " Les frontières fluviales sont impossibles à contrôler, explique Aude Trepont. Alors il y a des mouvements de population. Les populations sont différentes de celles de la métropole, avec un taux de pauvreté qui est encore plus rimportant, et elles sont en plus mauvaise santé. "

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Des adaptations administratives nécessaires

Le problème en Guyane est aussi administratif. Selon Aude Trepont, la reconduction des droits à l’Assurance Maladie, à la CAF ou au titre de séjour permettrait d’éviter une aggravation de l’épidémie en évitant les rassemblements. "En métropole, cette reconduction automatique vient de se finir. En Guyane, on veut que les droits soient étendus au mois de septembre."

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