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Covid : le virus est-il saisonnier ?

Une étude établirait un lien entre le climat et les pics de contaminations de Covid pendant la première vague. Toutefois, ces résultats restent à confirmer.

Lucile Boutillier
Rédigé le , mis à jour le
©icsilviu, Pixabay

Le coronavirus se transmet-il plus facilement dans certaines conditions climatiques ? Selon une étude menée par Predict Service, une filiale de Météo France, c’est possible.

« Le virus se fixe sur des gouttelettes. Quand il fait froid, elles tombent au sol. Quand il fait chaud, elles s’évaporent. Et au milieu, il y a des conditions de température et d'humidité propices au maintien de ces gouttelettes dans l'air. Donc, si elles sont chargées de virus, elles peuvent potentiellement davantage transmettre la maladie », explique Alix Roumagnac, président de Predict Service.

Le Pr Yves Buisson, épidémiologiste à la tête de la cellule Covid de l’Académie de Médecine, confirme cette possibilité : « On voit que la température, le climat, le rayonnement solaire, l’humidité de l’air, ont une influence sur la transmission. Une hygrométrie particulière favorise les aérosols, qui se maintiennent plus longtemps dans l’air. »

A lire aussi : Covid : quel rôle joue la météo dans la propagation du virus ?

Des pics épidémiques liés à certaines conditions climatiques

Tout a commencé avec une étude du MIT (Massachusetts Institute of Technology) de mars 2020. Selon cette étude, 90% des infections se seraient produites dans des régions où les conditions climatiques sont les plus propices au maintien des gouttelettes dans l’air. A savoir, entre 3 et 17 degrés Celsius et 35 à 85% d’humidité dans l'air, explique M Roumagnac.

L’équipe de Predict a comparé ces données climatiques avec les données de contaminations, d’hospitalisations et de décès dus à la Covid en France et dans le monde. « Nous avons observé que, là où le climat était plus propice au maintien des gouttelettes dans l’air, ces données étaient les plus élevés », explique Alix Roumagnac.

Plusieurs exemples dans le monde

Selon le président de Predict Service, quelques jours après l’arrivée de la tempête Alex en France, le pays a connu un pic d’hospitalisations et de décès liés à la deuxième vague. En outre, « cet été, l’Europe du nord est sorti de la première vague, tandis que l’Australie, l’Argentine ou l’Afrique du Sud étaient frappées davantage. »

L’apparition de l’épidémie à Wuhan pourrait également être liée au climat de la ville chinoise, selon M Roumagnac. « Dans le centre de la Chine, le climat fin 2019 était très favorable au maintien des gouttelettes dans l’air », explique-t-il. « En revanche, à Pékin par exemple, il faisait trop froid pour que les gouttelettes restent en suspension. Or quand il fait trop froid, la pandémie ne se développe pas. Cela pourrait aussi expliquer pourquoi l’Europe du Nord a longtemps été plus épargnée. »

Le Pr Buisson partage cette idée. Selon lui, « la grippe, qui est aussi une infection virale à transmission respiratoire, est saisonnière dans les pays tempérés et l’hémisphère nord. Or dans les zones tropicales, il n’y a pas d’épidémie de grippe mais une circulation à bas bruit, sans pic épidémique. C’est aussi le cas avec cette pandémie. »

« Le climat n’est pas un facteur unique »

Toutefois, ce modèle ne suffit pas pour expliquer toutes les reprises épidémiques. Alix Roumagnac en est bien conscient : « Au Brésil, il y a eu un pic de contaminations dans un contexte climatique qui ne le favorisait pourtant pas », rappelle-t-il. En cause dans ce pays : « la densité de population et la densité d’habitat, surtout dans les quartiers les plus pauvres des grandes villes », explique Yves Buisson. 

« Le climat n’est pas un facteur unique. Le recours aux mesures barrières reste primordial », renchérit Alix Roumagnac.

Adapter son comportement

Si les épidémiologistes confirment les résultats de Predict Service, Alix Roumagnac imagine une gestion plus dynamique de l'épidémie : « on peut créer des mesures en fonction des zones où le climat favorise le plus la contamination. Cet indicateur varie selon l’heure, on peut donc aussi décider de sortir quand il fait plus chaud plutôt que quand il fait plus froid et humide. »

Selon Yves Buisson, cette nouvelle étude ouvre d’autres possibilités de lutte contre la Covid. « Si on intègre les données météo aux modélisations de l’épidémie, il serait peut-être possible de dire avec quelques jours d’avance ’attention, cette semaine va réunir toutes les conditions pour qu’il y ait une très forte transmission’. » Cela devrait permettre de renforcer le confinement ou de prendre des mesures pour limiter la contamination.

« Je crois qu’il faut qu’il y ait une collaboration étroite entre les météorologistes et les épidémiologistes chargés de la modélisation de l’épidémie », ajoute le professeur.

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La Covid va devenir « comme une grippe saisonnière »

Pour Yves Buisson, l’humanité ne pourra pas éradiquer la Covid. « C’est un coronavirus, et ceux qu’on connaît ont une périodicité saisonnière », explique le professeur. « Quand la covid cessera d’être une pandémie terrible, on n’arrivera pas à l’éradiquer, même après la campagne de vaccins. »

Cette maladie pourrait devenir, comme la grippe, une épidémie saisonnière. « Comme une grande partie de la population mondiale aura été immunisée, on aura de petites épidémies hivernales. Ce sera comme la grippe, un virus un peu différent chaque année, et on adaptera les vaccins. Sachant que les coronavirus mutent beaucoup moins que les virus grippaux », précise-t-il.

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