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" Toutes les salles de réanimation sont saturées de patients Covid-19 "

Avec près de 2 300 personnes déjà infectées, le nombre de cas de Covid-19 en France ne cesse d’augmenter. Des médecins de Strasbourg et de Pontoise témoignent.

Lucile Boutillier
Rédigé le , mis à jour le
Au CHU de Strasbourg, trente patients atteints du coronavirus sont traités dans des salles de réanimation.  —  Wikimedia Commons / 4net

« Nous avons annulé toutes les autres chirurgies, nous ne réalisons plus que les urgences vitales », expliquent les Dr Jean-Philippe Mazzucotelli, chirurgien cardiaque à Strasbourg et Agnès Ricard-Hibon, présidente de la société française de médecine d'urgence et urgentiste à Pontoise. Dans leurs hôpitaux respectifs, cette mesure s’est imposée pour faire face à l’afflux de patients atteints par le coronavirus.

Pourtant, les deux hôpitaux se trouvent dans des situations bien différentes. Jean-Philippe Mazzucotelli est chirurgien cardiaque au CHU de Strasbourg, au coeur du foyer de contamination qui regroupe le plus de cas en France. « Je dirais que je suis inquiet dans le sens où si l’épidémie continue avec un nombre de patients graves très élevé, nous serons dans des conditions fortement dégradées », raconte-t-il.

« Actuellement, dans mon hôpital, il y a 30 cas de Covid-19 sur 50-60 lits de réanimation. Mais l’épidémie s’inscrit dans l’épidémie de la grippe et l’arrivée de tous les autres patients qui ne sont pas affectés par le virus. Nous essayons de rouvrir des lits qu’on avait fermés pour des questions de budget », explique-t-il.

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Manque de personnel et de moyens

« Presque toutes les salles de réanimation sont saturées de patients atteints du Covid-19, si la situation continue à se dégrader nous serons en grande difficulté et nous serons obligés de réouvrir des lits de réanimation, dans d’autres secteurs qui ne sont pas dédiés à ce type d’activité », prévient le chirurgien.

En outre, le CHU ne possède pas le matériel nécessaire pour anticiper la hausse du nombre de cas : « Avant tout, il faut qu’on récupère des respirateurs (des machines qui maintiennent une respiration compatible avec la vie) car le Covid-19 entraîne des insuffisances respiratoires. »

Le Dr Mazzucotelli prévient également d’un manque criant de personnel : « Nous avons fermé tous les blocs opératoires des chirurgies qui ne sont pas urgentes pour en récupérer les infirmières. Mais une infirmière, ça ne s’invente pas du jour au lendemain. Nous allons sans doute devoir en recruter dans le secteur privé. »

Le spectre de l’Italie

A Strasbourg, le personnel soignant a bien conscience du risque que la situation dégénère davantage. « Je pense que nous sommes dans une situation critique. Les réanimateurs de l’hôpital de Milan nous ont expliqué les circonstances dramatiques dans laquelle ils exercent. Nous aimerions ne pas en arriver là pour ne pas choisir entre les patients », commente Jean-Philippe Mazzucotelli.

« J’espère vivement qu’on en arrivera pas là », s’inquiète le chirugien. « On a envoyé hier un courrier pour qu’on donne en urgence des moyens supplémentaires pour l’hôpital public, il faudra donner ces moyens à tous les hôpitaux en France qui risquent de bientôt connaître la même situation. »

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Doublement des cas en trois jours

Heureusement, la situation de Strasbourg n’est pas celle de tous les hôpitaux de l’Hexagone. A Pontoise, le Dr Agnès Ricard-Hibon raconte que « les précautions prises ont permis d’aborder l’épidémie avec calme et sérénité. »

« En trois jours, nous sommes passés de 6 cas à 12 ou 15. Il y a des cas graves en réanimation, mais ça suit la courbe normale de l’épidémie », tempère-t-elle. « Comme nous avons pu nous organiser très en amont, avec les infectiologues et avec la direction qui a été très réactive, les professionnels ne sont pas inquiets. »

L'hôpital de Pontoise en phase 3

« Je suis admirative de la mobilisation des personnels, je constate une mobilisation générale de tous les personnels soignants », affirme-t-elle. « Les personnels sont formés à se protéger, nous avons le matériel pour le faire. Il y a un peu d’agitation à cause du nombre de patients, on a des difficultés à gérer l’afflux. Mais ça se passe avec sérénité. Pour savoir gérer une crise, il faut que ça se fasse avec calme. »

L’urgentiste explique que l’hôpital de Pontoise est déjà dans une organisation de phase 3 de l’épidémie. « On ne teste plus tous les patients qui pourraient avoir le virus. On réserve l’hôpital aux personnes qui nécessitent une prise en charge immédiate. Pour les autres, on leur demande de se confiner et de considérer qu’ils ont le Covid-19. Ils nous rappellent si leur cas s’aggrave. »

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Pourquoi un contraste pareil ?

La comparaison entre les deux CHU est frappante : l’Ile-de-France est la deuxième région la plus touchée par le virus et Pontoise ne semble pas recevoir beaucoup moins de malades que Strasbourg. La Dr Ricard-Hibon explique que même si les chiffres semblent très proches, les circonstances de la crise dans les deux hôpitaux n’ont rien à voir.

« A Pontoise, rien ne dit que nous ne serons jamais saturés. Mais pour le moment ce n’est pas le cas », précise-t-elle. « Nous avons eu les exemples de l’Oise et de Strasbourg et nous avons très vite appris des expériences de nos confrères. De plus, les huit CHU d’Ile-de-France s’entraident beaucoup. Enfin, nous n’avons pas eu un afflux de patients brutal à l’hôpital comme ça a été le cas à Strasbourg. »

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