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Paludisme : le vaccin expérimental protège finalement peu

Le paludisme tue chaque année plus de 500.000 personnes dans le monde, principalement en Afrique. Depuis 2011, tous les espoirs étaient tournés vers un nouveau vaccin expérimental, le RTS.S. Malheureusement, les résultats de longs essais cliniques sont finalement très modestes…

La rédaction d'Allo Docteurs
Rédigé le , mis à jour le

C'était le vaccin expérimental contre le paludisme le plus prometteur... Le "RTS.S", mis au point en 2009, s'avère finalement peu efficace pour protéger les populations du parasite de la malaria, transmis par les moustiques. Les résultats finaux d'un long essai clinique, impliquant plus de 15.000 bébés d'Afrique, sont tombés : le RTS.S immunise "modestement" et son efficacité décroit avec le temps.

Le protocole de vaccination initial comprend trois injections. En plus de ces trois doses, certains enfants ont reçu un rappel du vaccin. Chez eux le nombre d'épisodes cliniques de paludisme après 4 ans a été réduit d'un peu plus d'un tiers (36%). Au total, l'efficacité protectrice globale contre les formes graves de paludisme était de 32%, et de 35% contre les hospitalisations liées au paludisme. Mais sans rappel, le RTS.S n'a pas démontré d'efficacité significative contre le paludisme sévère, qui tue 1.200 enfants par jour en Afrique.

Un point de départ vers d'autres recherches

L'injection de rappel a restauré un peu de l'immunité perdue après la première série d'injections, selon le co-auteur de l'étude, publiée le 24 avril dans The Lancet, Brian Greenwood. "Malheureusement, l'effet n'est pas aussi important que celui que l'on voit avec d'autres vaccins", pour d'autres maladies, ajoute-t-il auprès de l'AFP. Par ailleurs, il pourrait provoquer des effets secondaires : près de deux douzaines d'enfants ont développé une méningite suite à l'injection. Selon les auteurs, il pourrait s'agir d'une coïncidence, mais c'est une question qui mérite d'être approfondie.

Si ces résultats sont décevants, ce vaccin représente tout de même un point de départ. C'est d'ailleurs le premier vaccin contre le paludisme à atteindre la phase III des essais cliniques, étape nécessaire avant la commercialisation. L'agence européenne du médicament (EMA) examine le dossier de ce vaccin, mais il faudra encore des recommandations de l'OMS avant une éventuelle diffusion du vaccin notamment en Afrique. Depuis des années, les vaccins expérimentaux contre le paludisme se multiplient, sans succès.

La difficulté de mettre au point des vaccins antiparasitaires

"Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué contre le paludisme ou aucun autre parasite de l’homme", explique l'Organisation Mondiale de la Santé. Car élaborer un vaccin contre un parasite, comme le Plasmodium responsable du paludisme, est très compliqué. Contrairement à un virus ou une bactérie, un parasite possède un cycle de vie avec plusieurs stades de développement. Et chaque phase se conclut par la libération d'un parasite, aux antigènes propres… Soit autant de cibles pour un potentiel vaccin. Pour mettre au point un vaccin antiparasitaire efficace, il faudrait donc viser toutes les phases immunitaires du cycle.

Autre difficulté : l'ADN du parasite peut muter ce qui rend d'autant plus difficile sa détection. En Asie du Sud-Est, de nombreux parasites du paludisme ont muté pour devenir résistants aux traitements et aux insecticides les plus utilisés, les rendant inefficaces… En Birmanie, par exemple, près de 40% des parasites du paludisme possèdent un gène résistant au traitement de référence, l'artémisinine.

584.000 décès en 2013

En dépit des efforts de recherche pour prévenir et éradiquer le paludisme, plus de 580.000 personnes meurent chaque année des suites de cette maladie qui frappe essentiellement l'Afrique, selon l'OMS, le 22 avril. "Alors que nous célébrons la Journée mondiale de lutte contre la malaria le 25 avril, nous devons reconnaître qu'il y a un besoin urgent d'augmenter les mesures de prévention et d'améliorer les tests de diagnostic", a indiqué le Dr Hiroki Nakatani, directeur général adjoint à l'OMS en charge des maladies tropicales.

Les trois quarts des victimes du paludisme sont des enfants de moins de 5 ans. En Afrique, seul un sur cinq reçoit un traitement.

Source : Efficacy and safety of RTS,S/AS01 malaria vaccine with or without a booster dose in infants and children in Africa: final results of a phase 3, individually randomised, controlled trial. RTS,S Clinical Trials Partnership. The Lancet, avril 2015. DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(15)60721-8

 

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