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Manque d'infirmières : "Je préfère partir avant de faire une erreur"

Dans les hôpitaux, les soignants manquent, les conditions de prise en charge se dégradent et l'épuisement se généralise. Reportage auprès des infirmières de réanimation pédiatrique de l’hôpital de La Timone, à Marseille.

Géraldine Zamansky
Rédigé le
Hôpital : le ras-le-bol des infirmières  —  Le Mag de la Santé - France 5

Hôpital de la Timone, à Marseille. Un nourrisson vient d'être opéré du cœur à la naissance. C'est un des petits patients les plus critiques de ce service de réanimation pédiatrique. Il est sous anesthésie générale, avec une respiration artificielle et son sang est oxygéné par une machine.

Pour lui comme pour tous les jeunes patients, chaque soin est complexe et risqué, alors que depuis des mois, le manque d’effectif réduit les jours de repos des soignants et crée l’épuisement.

"Une catastrophe peut très vite arriver"

"Si pendant la toilette, nous sommes sur autre chose, une catastrophe peut très vite arriver" confie Marie Lecomte, infirmière puéricultrice à l'hôpital de La Timone. 

"L'enfant est relié à ces machines, sans elles, il ne peut pas vivre pour l'instant. À la moindre erreur, il peut y avoir un impact immédiat sur la vie de l'enfant. C'est quelque chose qui est difficile à vivre au quotidien. Cela fait huit ans que je suis là et je préfère partir avant de faire une erreur", s'inquiète-t-elle.

L'urgence empêche souvent la formation

Avant de partir, l’infirmière senior tente de transmettre ses connaissances à une nouvelle collègue. Aujourd’hui, coup de chance, elle a le temps de la laisser s’initier à la mise en place d’une dialyse.

Mais souvent, l’urgence empêche cette formation. Et ces conditions de travail risquent de décourager la relève."On n’est pas assez, il y a peu de personnes qui veulent venir travailler en pédiatrie" raconte Noemi Isnard, infirmière à l'hôpital de La Timone. "En réanimation pédiatrique c'est particulier. Il y a un huit semaines de formation qui vont passer à 12 et ce n'est même pas dit qu'on les garde parce que souvent on les forme et finalement c'est trop dur. Ils repartent et c'est fatiguant pour nous qui restons", témoigne-t-elle.

"C'est du travail dégradé compliqué à accepter"

Les infirmières qui restent ne peuvent plus compenser les heures des 20% de postes vacants. Aujourd’hui et pour presque tout le mois de janvier, quatre lits de réanimation sont fermés. L’équipe doit faire des choix très difficiles.

"On a deux patients qui arrivent donc on est obligé de faire de la place. Il y a deux patients qui vont sortir, ce n'était pas du tout prévu immédiatement" explique le Pr Fabrice Michel, chef du service anesthésie-réanimation pédiatrique à l'hôpital de La Timone."C'est du travail dégradé. Quand vous soignez des enfants, c'est un peu compliqué à accepter", déplore-t-il.

Ce matin, pour accueillir une nouvelle urgence, un petit patient est donc sorti du service plus tôt que prévu après son opération. Sinon, le nouveau-né aurait dû être transféré à plus de 300 km de Marseille, à Lyon.

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