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Plastique : quel impact sur notre microbiote ?

Le plastique est omniprésent dans notre environnement, même dans nos aliments. Et cela ne serait pas sans conséquence sur la santé de notre microbiote. Reportage auprès d'une équipe de chercheurs qui mesure l’impact de ces particules sur les bactéries de notre tube digestif.

Charlotte Rothéa
Rédigé le , mis à jour le
Plastique : quel impact sur notre microbiote ?  —  Le Mag de la Santé - France 5


Échapper au plastique est une mission quasi impossible. Il est présent partout, même dans l’air et dans l’eau, sous forme de microparticules

Et dans notre assiette aussi : chaque semaine, nous en mangeons jusqu’à cinq grammes, l’équivalent d’une carte bleue. Mais avec quel impact sur notre organisme ?

Un côlon humain artificiel

À Clermont-Ferrand, une équipe de chercheurs se penche sur la question. Ils utilisent des microplastiques qui viennent des États-Unis. Il s'agit de fragments de polyéthylène, le plastique le plus produit au monde.

"Nous nous sommes concentrés sur une taille de microplastiques entre 1 et 10 micromètres parce que c'est dans ces tailles qu'on observe un début d’absorption au niveau intestinal", explique Elora Fournier, docteure en biologie à l'université de Clermont.

Ces microplastiques traversent tout le système digestif et leur comportement à l’intérieur de l'organisme est analysé grâce à une drôle de machine. Faite de tubes, de récipients et parcourue par différents fluides, elle reproduit quasi à l'identique un côlon humain.

21 mg de microplastiques par jour

"On reproduit le microbiote, c'est-à-dire l’ensemble des microorganismes présents dans le côlon, les conditions d’acidité et d’absence d’oxygène. On introduit régulièrement in vivo, comme chez l’homme, des nutriments qui arrivent de l’intestin grêle", explique Stéphanie Blanquet-Diot, enseignante chercheuse à l'université de Clermont-Ferrand.

Comme dans notre système digestif, ce côlon artificiel rejette des déchets, correspondant aux selles et récupérées dans un bidon. L’équipe a ensuite injecté dans le dispositif des microplastiques sous forme liquide : une dose de 21 milligrammes par jour, pendant deux semaines.

"On a choisi une quantité vraiment représentative de l’exposition humaine, mais plutôt sur une tranche basse d’exposition, pour voir si on a déjà des effets à des concentrations relativement faibles", précise Elora Fournier.

Une prolifération de bactéries néfastes

Les résultats sont déjà très visuels. Au microscope, l'équipe observe des billes de microplastique avant qu’elles ne soient passées dans l'organisme. Une fois arrivées dans le côlon, elles ont un nouvel aspect.

"On observe à la surface du microplastique, plusieurs bactéries de formes et de tailles différentes qui interagissent avec les particules. Les bactéries, une fois en contact avec ces microplastiques, peuvent se servir du point d’adhésion et ainsi les protéger pour se multiplier plus vite", rajoute Elora Fournier.

Cette prolifération de certaines bactéries se vérifie après l’arrivée des microplastiques."On a observé certaines populations qui augmentaient au sein du microbiote, tel que les Enterobacteriaceae ou les Desulfovibrionaceae... Ce sont des populations normalement minoritaires au sein du microbiote, et potentiellement néfastes. Si elles augmentent, cela pourrait être associé à certaines pathologies comme l'obésité ou des maladies inflammatoires de l’intestin", conclue Elora Fournier.

Pour le moment, le côlon artificiel est celui d’un adulte sans maladie. La prochaine étape est d'étudier l’impact des microplastiques sur un côlon d'enfant ou d'une personne malade.

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