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Mediator : un décret pour empêcher Servier de tromper les victimes

Selon Le Canard enchaîné, le ministère de la Santé préparerait un décret obligeant le laboratoire Servier à préciser aux victimes du Mediator si les compensations financières qu'il leur propose sont à la hauteur de celles préconisées par l'Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux (Oniam). Le laboratoire présenterait systématiquement aux malades des offres "au rabais"... Invité du "Magazine de la santé" le 24 février 2016, Charles Joseph-Oudin, avocat de victimes du Mediator, a commenté cette information.

La rédaction d'Allo Docteurs
Rédigé le , mis à jour le
Entretien avec Me Charles Joseph-Houdin, avocat de victimes du Mediator

Le directeur de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam) dresse un constat accablant : une fois que son organisme valide le dossier d'un malade, Servier doit proposer à celui-ci une offre financière basée sur des barèmes très précis. Mais "dans certains cas, Servier n'attribue pas les heures d’aide à domicile et ne le dit pas explicitement", explique-t-il au Canard enchaîné, évoquant une différence pouvant aller jusqu'à 100.000 euros…

Début février, l'Oniam transmettait aux victimes un communiqué les appelant à la plus grande vigilance. Car une fois l'offre du laboratoire acceptée, ils ne peuvent plus faire machine arrière. En cas de contestation, l'Oniam peut réviser les calculs ; mais la démarche est, hélas, longue pour des patients parfois à bout de forces et de nerfs.

Selon l'hebdomadaire, le jeu de Servier a fini d'agacer le gouvernement. Ce dernier préparerait un décret forçant le laboratoire à préciser si ses offres sont, ou non, sous le seuil défini par l’Oniam.

"Je suis désolé de redire ça, mais les laboratoires Servier ne jouent pas le jeu", a déclaré sur le plateau du "Magazine de la santé" Charles Joseph-Oudin, avocat représentant de victimes du Mediator. "Ils ne jouent pas le jeu car les délais sont extrêmement longs, on a du mal à obtenir d’eux des réponses, même si - il faut le dire - il y a des dossiers où des indemnisations ont été versées… [Mais] il y en a où ça bloque."

Sur le même plateau, en septembre 2015, Jacques-Antoine Robert, avocat des laboratoires Servier, avait affirmé qu'il n'y avait "aucune volonté [de la part de son client] d’économiser quelque centime que ce soit"… Citant l'exemple d'une victime interviewée par les journalistes de l'émission, qui accusait Servier de jouer la montre, l'avocat affirmait qu'un courrier d'indemnisation lui avait été envoyé.

Maître Charles Joseph-Oudin confirme qu'une offre a bien été reçue par la victime, mais d'un montant "[insuffisant] au regard de la gravité des préjudices" (800.000 euros contre un million estimé par l'Oniam, NDLR). "Je ne dis pas qu’il ne paieront pas : je dis que cela prend un temps fou", s’agace l'avocat. Il dénonce un "petit jeu mesquin" de Servier, rappelant que plusieurs de ses clients sont déjà morts sans toucher le moindre euro du labo.

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