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Waterloo, les hémorroïdes et la vessie de l'empereur

HISTOIRE (DE FESSES) - La bataille napoléonienne survenue il y a tout juste 200 ans aurait-elle été remportée par les Français si l'empereur avait été mieux soigné ? Une légende historique veut que Bonaparte ait tardé à lancer l'attaque à cause d'une violente crise hémorroïdaire… Quels sont les fondements (si l'on ose dire) de cette anecdote ?

Florian Gouthière
Rédigé le , mis à jour le
Détail de ''La Bataille de Waterloo. 18 juin 1815'', par Clément-Auguste Andrieux, 1852.

Les "petites histoires de l'Histoire" sont souvent croustillantes… mais leur authenticité est parfois difficile à établir. Concernant les douleurs hémorroïdaires qui auraient incommodé l’Empereur au petit matin du 18 juin 1815 sur une morne plaine de Belgique, les témoignages de première main manquent. Nulle lettre écrite depuis Sainte-Hélène où l'exilé aurait écrit "Ah, si j’avais eu une meilleure pommade…"

Adolphe Thiers, président de la République de 1871 à 1873 - et âgé de 18 ans lors de la bataille - a rédigé un ouvrage de référence sur l'Empire napoléonien[1], dans lequel il rapporte de nombreux témoignages de proches de Bonaparte. Voici ce qu'il écrit sur Waterloo :

Il poursuit en note :

Sur ce dernier point, il s’appuie "des témoignages nombreux et authentiques", et notamment de ceux du général Gudin, "alors âgé de 17 ans, et premier page de l'Empereur, lui présentait son cheval. Il ne quitta pas Napoléon un instant, et l'exactitude de sa mémoire, la sincérité de son caractère, m'autorisent à ajouter foi entière à ses assertions."

Un voile pudiquement jeté sur le fessier impérial

Mais beaucoup d’auteurs doutent de l’objectivité d’un Adolphe Thiers napoléolâtre. Karl Marx, dans son ouvrage La Guerre civile en France, qualifiera ainsi Thiers de "cireur de bottes historique de Napoléon"…

Âgé de 5 ans lors de la bataille, le militaire et homme politique français Jean-Baptiste Charras profita de son propre exil en Belgique pour réaliser une enquête historique particulièrement fouillée sur "La campagne de 1815". Dans une réédition de l'ouvrage (datée d'un an après celui de Thiers), Charras ne manque pas d’interroger l’état de santé de Napoléon au matin de la bataille… et le manque de rigueur historique de Thiers.

Charras poursuit :

Les forts en histoire (le baccalauréat, c’était ce matin !) se souviendront peut-être que François Ier souffrait d'un "abcès au génitoire", c’est-à-dire d’une fistule entre l'anus et les testicules.

Jean-Baptiste Charras conclut :

Quel que fut l’état de santé de Bonaparte, la plupart des historiens s’accordent à dire que la bataille de Waterloo aurait été très difficile à remporter… Mais imaginer qu’une affection bien commune ait pu décider du sort d’un Empire est très réconfortant pour quiconque en souffre aujourd’hui !

 


L'hymne de la crise hémorroïdaire (ABBA)

 

 


[1] Histoire du consulat et de l'empire, faisant suite à l'Histoire de la révolution française - Les passages cités sont tirés du tome 20 (livre XL), publié en 1862.

[2] Plus loin, en note, Charras rappelle que le journaliste et homme politique Achille Tenaille de Vaulabelle avait écrit dans le second tome de son "Histoire des deux Restaurations" (1847) que "L'empereur était depuis quelque temps en proie à de cruelles douleurs physiques, qui lui rendait fort pénible l'exercice du cheval : il souffrait d'une affection hémorroïdale..." Selon Charras, de Vaulabelle tenait cette information du général Gourgaud lui-même.

[3] "M. Thiers, qui a été fort avant, dit-on, dans l'intimité de Jérôme Bonaparte, ne peut ignorer cela", s’étonne Charras. "Car l'ancien roi de Westphalie n'en a jamais fait mystère. Il y a onze ans, notamment, il en témoignait dans deux lettres que nous avons lues et qui existent sans doute encore".

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