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Revoir le financement des Urgences pour les désengorger ?

Nos services d'urgences sont saturés. Un rapport propose de repenser leur financement pour les inciter à déléguer la prise en charge de certains patients à des structures plus adaptées.

La rédaction d'Allo Docteurs
Rédigé le , mis à jour le

Il y a trop de monde aux Urgences, et cette affluence n’est pas toujours justifiée. "Les Urgences sont devenues la référence de trop de personnes", a expliqué le Dr Didier Storme, délégué de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF), à Allodocteurs.fr : "S’y rendre est en réflexe pour beaucoup de patients, mais beaucoup de médecins aussi nous adressent leurs patients."

Pour désengorger ces services essentiels à notre système de santé et qui doivent être efficients, l’ancien rapporteur du projet de loi santé propose dans un rapport de faire évoluer le financement des Urgences en développant les liens avec des centres de soins qui pourraient, entre autres, être chargés du tri des patients, notamment dans les territoires isolés. Une proposition qui n’est pas jugée indispensable par le Dr Storm. "Dans la plupart des centres d’urgences, une infirmière et un médecin organisateurs d’accueil jugent du caractère d'urgence des cas et estiment s’ils relèvent, ou non, d’une prise en charge dans leur service", explique-t-il.

La T2A, un effet pervers sur le fonctionnement des Urgences ?

Missionné en novembre 2015 par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, pour étudier l'évolution du mode de financement des établissements de santé, l'ancien député PS, Olivier Véran, émet plusieurs pistes de réformes pour corriger les effets "pervers" de la tarification à l'activité (T2A), accusée notamment de conduire à une "course à l'activité".

Parmi ces pistes, présentées mercredi 26 mai 2016 lors du Paris Healthcare Week, salon de la communauté hospitalière et médico-sociale, l'ex-député propose de créer pour les Urgences "un forfait de réorientation", "suffisamment attractif", dont le but serait de les inciter à adresser les patients sans critères de gravité vers des structures ambulatoires (sans nuit à l'hôpital). Ces patients seraient pris en charge par des structures publiques, privées ou mixtes, qui s'engageraient à effectuer des soins à "tarif opposable et sans avance de frais", précise le rapport.

Il faudrait en outre, selon lui, inciter les Établissements publics de santé (EPS) à ne pas prendre en charge les patients dont l'état de santé est jugé "stable" et ne nécessite pas d'acte complémentaire de diagnostic ou thérapeutique (angine, plaie sans suture, otite ), "dès lors qu'une offre structurée existe en ambulatoire".

"Aujourd'hui les hôpitaux ne sont pas incités à le faire car ils sont payés au passage et moins ils voient de patients, plus ils perdent de l'argent", a expliqué lors d'une conférence de presse Olivier Véran.

Le Dr Storme réfute cette vision grossière de la situation. "Il est vrai qu’un passage aux Urgences est rémunérateur pour un établissement de santé, mais la T2A ne produit pas plus d’effets pervers dans les services d'urgences que dans les autres spécialités." L'incitation financière n’est pas, pour le délégué, la solution. Selon lui, le gain financier n’est pas une motivation pour garder les patients aux Urgences. Et les réorienter vers des structures plus adéquates, les urgentistes ne demandent souvent que cela. Mais ces structures n’existent pas toujours. "C’est tout le maillage autour des Urgences qui doit être repensé et réorganisé. Je pense que la meilleure solution serait de développer les maisons pluridisciplinaires, qui seraient de garde à tour de rôle, qui partageraient leurs données sur les patients et seraient en mesure de prendre en charge dans les meilleures conditions les personnes qui ne relèvent pas des Urgences", a ajouté le Dr Storme.

Pour l'urgentiste, il y a de toute façon urgence à prendre à bras le corps ce problème. "Nous voyons dans nos services de nombreuses personnes âgées, souvent polymédiquées et mal prises en charge en ville. Le nombre de ces patients va exploser ", rappelle-t-il.

 

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