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Mon ou ma partenaire regarde du porno. Comment réagir ?

Si la consommation de films pornographiques se banalise de plus en plus chez les adultes, découvrir que son ou sa partenaire reste parfois surprenant ou douloureux. Comme réagir ?

Dr Charlotte Tourmente
Rédigé le , mis à jour le
© Gajus - Fotolia.com

Si de plus en plus de femmes*, notamment les plus jeunes, consomment des images et films pornos et si les couples le font parfois ensemble, les hommes restent les consommateurs les plus réguliers.

L'utilisation du porno, quand elle ne relève pas de l'addiction, a une fonction très ciblée : "elle est faite pour s'exciter ou décharger une tension, pas pour stimuler le désir envers l'autre", précise d'emblée Joëlle Mignot, sexologue et rédactrice en chef de la revue Sexualités humaines.  

Découvrir que son ou sa partenaire regarde des films pornographiques peut entraîner des réactions variables. D'une part, la pornographie n'est pas un sujet neutre pour la majorité des gens, qu'il soit positif ou négatif. D'autre part, le visionnage se fait souvent en solo, ce qui peut exacerber un sentiment d'exclusion de la part du ou de la partenaire. 

"Le problème du porno se rencontre plus souvent dans l'hétérosexualité, reconnaît Joëlle Mignot. Et dans ces couples, je n'ai jamais eu un patient se plaignant que sa partenaire regardait du porno, c'est l'inverse. On dit que les hommes sont plus visuels que les femmes au niveau de ce qui les excite et c'est vrai qu'ils utilisent davantage ce canal pour s'exciter. " Ils comprennent donc mieux que les femmes le recours à ces images. De plus, le porno, hormis quand il est féministe, renvoie une image parfois stéréotypée ou jugée dégradantes des femmes, qui peut déranger celles-ci.

De la banalisation à la trahison

"Les réactions des femmes sont très variable, cela dépend vraiment de comment elles sont construites dans leur sexualité, analyse la sexologue. Pour certaines, le X fait partie de leur culture, peut-être les plus jeunes. Ces femmes banalisent la situation, ne dramatisent pas, elles comprennent aussi que c'est simplement du côté du fantasme et de l'excitation liée au fantasme."  Cette banalisation se retrouve souvent dans les couples homo ou bisexuels.

"Celles qui le vivent très mal confondent le virtuel et le réel, elles le vivent comme une rivalité voire une tromperie, reprend la sexologue. Elles se sentent mises en danger dans leur capacité d'attirer leur compagnon, mises en danger sur le plan narcissique. Elles sont fragilisées, comme si elles devaient combler tous les désirs de leur partenaire. Ou elles ont un jugement moral sur le sujet. Alors que c'est autre chose : cela permet de nourrir une excitation et l'assouvir, dégager une tension, trouver un autre plaisir. Mais pour certaines femmes, c'est inadmissible comme si cela les dévalorisait."

Or pour la sexologue, beaucoup d'hommes en couple et avec une sexualité active et satisfaisante, regardent du porno. Tout comme les femmes qui se masturbent, avec ou sans porno, avec ou sans podcasts érotiques. "C'est aussi le jardin secret de l'autre, explique Joëlle Mignot. Il faut le prendre comme un terrain de jeu plus que comme un vrai risque pour le couple, ce n'est pas comme si une autre personne entrait en jeu. Mais il y a aussi des hommes qui y vont parce qu'ils ne sont pas satisfaits. Les films pornographiques interroge vraiment la question du jardin secret, de la tolérance, de la satisfaction et de l'insatisfaction..."

Comment réagir ?

"Quand la découverte est violente, je conseille déjà de dédramatiser et surtout d'en parler, de comprendre si c'est de l'ordre du fantasme, d'une habitude, de l'insatisfaction, d'une pulsion ou  tension qui doit être dégagée et qui n'a rien à voir avec l'autre, recommande Joëlle Mignot. On n'a pas tous le même degré de libido non plus." 

Si on n'arrive pas à en parler avec son/sa partenaire, soit parce que l'on n'ose pas à aborder le sujet ou parce que l'autre n'est pas prêt à le faire, il est conseillé de consulter un sexologue. "Comprendre que l'on n'est pas en cause, que cela ne met pas en danger leur couple, que c'est du registre de l'intime et du droit à l'intimité, cela aide la plupart, rassure Joëlle Mignot. "Quand on n'arrive pas à le comprendre, il faut plutôt être accompagné(e) dans sa souffrance, travailler la faille, la fragilité."

En cas d'addiction, une consultation spécialisée pour le diagnostic comme la prise en charge s'impose. "Il faut s'inquiéter d'une addiction quand cela devient envahissant ou relève d'une dépendance, quand la sexualité du couple commence à décliner, quand il y a une fixation sur l'écran et la masturbation, stipule Joëlle Mignot. 

*34% des hommes sont des consommateurs réguliers contre 5% des femmes, sondage IFOP 2012 et en 2019, 19% des femmes a déjà surfé sur internet pour voir des images pornographiques, sondage IFOP.

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